| Elisabeth de Valois |
Si le portrait individuel commence à se développer en France à partir du milieu du 14e siècle, c’est surtout à la Renaissance qu’il atteint ses lettres de noblesse. Sous le crayon des peintres de cour, notamment Jean et François Clouet, prennent vie tous les nobles de la cour de François Ier et de ses successeurs.
* La vogue des portraits
Naissance du portrait individuel
Le goût pour le portrait individuel, d’après nature ou de seconde main, s’est manifesté dès le milieu du XIVe siècle en Europe, et ce genre s’est épanoui au XVe siècle. La Flandre et l’Italie ont joué un rôle prépondérant dans ce domaine. En France, ce courant est représenté par Jean Fouquet, Perréal, le Maître de Moulins.
Quant au portrait dessiné, il apparaît dès la fin du 15e siècle. Le plus célèbre est le dessin préparatoire au portrait peint de Guillaume Jouvenel des Ursins, réalisé aux crayons de couleurs par Jean Fouquet (1415/1420-1478/1481).
Portraits au crayon
Au 16e siècle, ces œuvres connaissent une vogue surprenante. Le dessin aux crayons, spécificité française, est très apprécié par la cour et par la bourgeoisie. Son originalité provient du procédé utilisé mais aussi de sa fonction. Le plus souvent, il ne constitue pas un dessin préparatoire à un tableau ou une étude de modèle. C’est une œuvre d’art autonome, conçue avec une sobriété de moyens étonnante : un support de papier (350 x 250 mm environ) et des crayons, la pierre noire, la sanguine et la craie blanche. Le dessinateur exploite toutes les ressources que lui offrent ces faibles moyens : hachures, frottis, estompe, surimpression, ou juxtaposition de sanguine et de pierre noire. Le papier sert de fond, un fond lumineux et neutre, espace dans lequel prend forme le visage. Il est aussi jeu de lumière, carnation, grain de peau.
Utilisée d’abord crée la forme, le volume et le modelé. Ce schiste argileux, carbonifère, noirâtre, libère les artistes du tracé minutieux à la pointe de métal, et donne une ampleur nouvelle au tracé par son aspect velouté. La sanguine, par sa luminosité, suggère surtout le teint, l’affleurement du sang, la palpitation de la vie. Connue depuis la plus haute Antiquité, cette variété d’oxyde de fer mêlée à de l’argile s’utilise, ici, sous sa forme solide ou en bâtonnet. Une légère touche de crayon brun ou bleu pour l’iris parachève l’œuvre, en préservant toujours une étincelle de lumière, qui fait briller la prunelle, et qui vient du papier. Ces teintes ont entraîné l’appellation de portraits aux « deux crayons », ou aux « trois crayons » lorsque des rehauts de craie qui donnent un certain éclat au visage sont ajoutés. Le pastel, technique nouvelle, un peu plus tardive, qui sera souvent utilisé par les Quesnel et les Dumoûtier, ne se rencontre pas encore dans ces œuvres.
Je sens portraits dedans ma souvenance, […]
Ton doux maintien, ta douce contenance.
Un seul Janet, honneur de nostre France,
De ses crayons ne les portrairoit mieux
Pierre de Ronsard, Amours de Cassandre, p. 92
C’est ce moyen d’expression d’exécution rapide, peu onéreux, de circulation facile, mis à la mode par des artistes de qualité, que la cour de France choisira pour se faire fréquemment représenter, afin d’envoyer des portraits à ses parents éloignés ou aux cours étrangères pour se faire connaître.
Les Clouet, père et fils
Jean Clouet, le père
L’innovateur de cette formule, proche de celle d’Holbein, fut Jean Clouet (vers 1475/1485 – Paris, 1540/1541), venu de Bruxelles, installé en France, et cité pour la première fois comme peintre de François Ier en 1516. Il s’inspira des Italiens. Le roi René, à Aix-en-Provence, s’était fait portraiturer plusieurs fois à la pierre noire par un florentin. Un crayon de seconde main conservé au Cabinet des estampes, le portrait à la pierre noire de Laurent II de Médicis, le père de la reine de France, Catherine de Médicis, offre un exemple de ces dessins circulant en France.
À la mort de Jean Clouet, le roi François Ier dira du fils de l’artiste, François, qu’il « a jà très bien imyté [son père], et espérons qu’il fera et continuera encores de bien en mieux cy après ».
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